Dopage : avant la reprise, le biathlon a fait le ménage

Biathletes compete at the shooting range during the Single Mixed Relay competition of the IBU Biathlon World Cup in Pokljuka, on December 2, 2018. / AFP / Jure Makovec

« Le timing est mal choisi », déplore Martin Fourcade. Mais il était moins une : vendredi 30 novembre, à l’avant-veille du début de la saison, l’IBU, la Fédération internationale de biathlon, a annoncé la suspension pour dopage de quatre biathlètes russes, à la suite d’une enquête menée conjointement avec l’Agence mondiale antidopage (AMA). Deux semaines plus tôt, l’IBU suspendait neuf biathlètes kazakhs, soupçonnés de dopage depuis près de deux ans et pourtant libres de concourir.

Ce sont les premières suites disciplinaires de l’implosion de l’IBU il y a un peu plus de sept mois. Le 12 avril, une série de perquisitions menées par les polices autrichienne, allemande et norvégienne avait touché la fédération, sise à Salzbourg, et ses deux principaux dirigeants, le Norvégien Anders Besseberg et l’Allemande Nicole Resch.

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L’enquête est entre les mains de la police autrichienne. D’après les informations du Monde, des éléments probants ont été retrouvés au domicile d’Anders Besseberg, l’ex-président de l’IBU, et dans ses correspondances électroniques. Ils confirmeraient le témoignage de Grigory Rodchenkov, ex-directeur du laboratoire antidopage de Moscou, homme-clé du dopage organisé des Russes pendant des années et désormais lanceur d’alerte réfugié aux Etats-Unis.

Son récit était la clé de voûte de l’enquête préliminaire menée par le service investigation de l’Agence mondiale antidopage. Anders Besseberg et Nicole Resch nient tous les faits qui leur sont reprochés.

Changement de président et réformes

Depuis avril, l’IBU s’est redressée et a donné des gages au Comité international olympique (CIO) pour récupérer la manne financière que constituent les « paiements olympiques ». Un nouveau président, le Suédois Olle Dahlin, a été élu face à la représentante lettonne, vue par certains comme un pantin de la Fédération russe, laquelle est aujourd’hui « membre provisoire » de l’IBU.

Ce statut n’empêche pas que les athlètes russes aient le droit de participer aux compétitions mais complique grandement l’attribution de compétitions. Le biathlon ne reviendra pas en Russie, où il est un sport majeur, avant 2022 au moins.

L’IBU a transféré ses obligations antidopage à l’ITA, l’Agence internationale de contrôles (présidée par l’ancienne ministre des sports Valérie Fourneyron), indépendante des fédérations, et va modifier ses règles de gouvernance.

Elle a aussi fixé à la Russie une liste de 12 critères à remplir avant d’être réintégrée, notamment l’élaboration d’un programme de contrôles antidopage pour les biathlètes russes, le remboursement des coûts générés par cette affaire ou l’accès à la base de données du laboratoire de Moscou.

Surtout, l’IBU était sommée d’agir à l’encontre des sportifs russes. Elle l’a fait avec parcimonie, sans doute limitée par les éléments scientifiques à sa disposition. Deux champions olympiques, Evgueni Ustyugov et Svetlana Sleptsova, ont été renvoyés devant son tribunal antidopage, ainsi qu’Alexander Chernyshov, un anonyme du circuit, et Alexander Pechyonkin, le seul des quatre Russes suspendus qui était encore en activité.

Les Français ne récupéreront aucune médaille d’or

Les infractions reposent sur des échantillons prélevés entre 2012 et 2015. S’il se conforme au code mondial antidopage, le panel de l’IBU ne lui retirera pas ses résultats antérieurs. Le biathlon français y aurait pourtant gagné deux titres olympiques.

A Vancouver en 2010, c’est devant Martin Fourcade qu’Evgueni Ustyugov remporte son titre sur le départ en ligne. Deux jours plus tard, Sleptsova met le relais féminin russe sur la voie de la médaille d’or, devant, là encore, le quatuor français composé de Marie Dorin, Marie-Laure Brunet, Sylvie Becaert et Sandrine Bailly. Elles aussi resteront a priori en argent.

L’enquête préliminaire de l’AMA, à laquelle Le Monde a eu accès, semblait pourtant présager d’une issue favorable à Martin Fourcade : il y était écrit qu’Evgueni Ustyugov présentait des données sanguines anormales depuis 2010. Quant à Svetlana Sleptsova, sa riche carrière était presque achevée début 2013, avant un bref retour sur le circuit en 2017.

« S’ils se dopaient ces années-là, cela ne fait de doute pour personne que c’était le cas avant aussi », estime Martin Fourcade, qui a toujours affirmé que récupérer la médaille d’or de Vancouver ne le réjouirait pas particulièrement.

D’autres cas de biathlètes russes sont encore à l’étude. Anton Shipulin, le meilleur biathlète russe de ces dernières années, est pour l’instant épargné. Après une période de réflexion, il a décidé de poursuivre sa carrière à l’âge de 31 ans. Des traces de manipulation de ses échantillons aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, ont pourtant été décelées et provoqué sa suspension des JO de Pyeongchang, en février.

La Russie reste au ban de l’athlétisme

La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a décidé mardi à Monaco de maintenir la suspension de la Russie, en cours depuis trois ans et la révélation d’un vaste scandale de dopage, malgré la récente main tendue par l’AMA. L’IAAF, dernière institution emblématique à bannir la Russie, choisit donc une ligne stricte, alors que le drapeau russe n’est plus apparu dans une compétition internationale d’athlétisme depuis les Mondiaux de Pékin en 2015.
L’athlétisme russe semble toutefois proche d’un retour : « L’AIU (Unité d’intégrité de l’athlétisme) doit nous confirmer avoir reçu toutes les données et les échantillons (renfermés au laboratoire de Moscou, ndlr) dont elle a besoin », avant de réintégrer la Russie, a précisé Rune Andersen, le chef de la Task Force sur la Russie.